14 octobre 2005

Les béquilles

Et oui! Je suis en béquilles!

Elles sont arrivées dans ma vie en même temps que l'entorse. Ma première entorse! Normal, il paraît que je suis une fille (je le savais déjà!) et que les filles, ça se fait des entorses. C'est sûrement un peu vrai! Et même plus vrai que vrai : j'étais bien la seule de toutes mes copines à ne pas avoir eue ce privilège. Et bien maintenant je suis dans la norme. Et dire qu'il aura fallu attendre que j'ai 25 ans! Tout vient à point à qui sait attendre! OK, mais j'attendais pas vraiment ce truc là.

C'est étonnant une entorse. De l'instant d'avant à l'instant d'après, ça vous transforme une jolie parisienne pleine de tonus, en non moins jolie parisienne handicapée et dépendante. Et tout çà, en plein milieu de la rue de Rennes. Ca m'apprendra à me précipiter à la FNAC pour acheter le dernier Astérix et tenter de le dévorer aussitôt après avoir franchi les caisses. Heureusement que ce blog est anonyme. J'oserai pas le raconter! Vous vous rendez compte, la jeune cadre dynamique à BAC+5 est Asterixophile, au lieu de se jeter dans Elle ou Biba pour soigner son look! Remarquez ce pourrait être pire : il y a des asterixomanes, des asterixomaniaques, voire des asterixolâtres. Je ne suis donc qu'au premier stade de la maladie. Faut que je consulte...mon avocat en vue d'un procès médiatique! C'est vrai à la fin : se faire une entorse à cause d'un album qui est archi-nul, c'est une circonstance aggravante pour le sieur Uderzo, dont je demande qu'il soit traduit devant les Assises en vue d'une condamnation exemplaire! Sans compter les dommages et intérêts et le pretium doloris...

Donc voilà : je sors de la FNAC, le nez plongé dans l'album, et crac! Mon pied droit se dérobe et prend la direction St Germain des Prés au lieu de Montparnasse ( en gros, il part à gauche au lieu de partir à droite pour ceux qui connaissent pas le quartier). Dans le même temps, 3000 kw me traversent la cheville et la contourne en remontant vers le mollet ( au moins ils savent prendre un giratoire eux, c'est pas comme l'autre enfoiré qui m'a bougné ma jolie 206 toute neuve!). Dans le même temps, puis un étau happe ma cheville et hop! Je lâche tout, et mon magnifique album tout neuf finit dans le caniveau avant d'être irrémédiablement haché par un bus. Au final, je termine ma toupie contre la vitrine de la FNAC. Je me rélève toute seule ( merci les passants!), je fais un pas, deux pas, trois pas et puis plus rien! Panne de cheville totale.

Qui ne s'est pas tapé, la Fnac jusqu'à la station Vavin, puis ces maudits escaliers du métro, à cloche pied, sans que quiconque vous offre de vous aider, ne peut pas comprendre. Maudit soit l'indifférence générale.

Heureusement, un individu suffit à racheter l'humanité. Alors que seule sur le quai, à Porte d'Orléans, je me demande comment je vais bien pouvoir rentrer chez moi ( 200 mètres à peine), il apparaît sous la forme d'un grand brun dans la quarantaine, pas vraiment beau, mais avec des yeux qui pétillent tellement de gentillesse, qu'il en a un charme fou en plus sa voix chaude teintée d'accent du sud ouest .

"Est ce que je peux vous aider?". En plus , il est respectueux. Il me fait asseoir, s'accroupit à mes pieds, et délace ma chaussure. On ne m'avait pas fait çà depuis mes quatre ans, quand je rentrais de l'école et que maman exigeait que je me mette en pantoufles ( beurk!) afin de ne pas abimer le lino. Et bien croyez-moi, ça soulage! D'ailleurs, je ne comprend pas celles qui s'obstinent à rentrer de force leurs petites pattes "entorsées" et appareillées dans leurs chaussures. Vive le pied sans chaussure!

Sous son collant, mon petit pied laisse apparâitre qu'il a pris des rondeurs. Et oui, monsieur gonfle et s'en donne à coeur joie.

Mon bienveillant anonyme me conseille de changer de chemin. Et me voilà sur son dos, mes bras autour de son cou, ma jolie chaussure à la main, et direction Baujon. Deux heures d'attente sur une chaise. Heureusement mon sauveur est aux petits soins et ma patte se repose sur ses cuisses.

Mon pied. Mon joli pied. C'est vrai qu'il est joli. D'ailleurs, j'aime bien montrer les deux, mais si possible, pas à un toubib. Je les ai toujours aimés, calinés, choyés, mis en valeur. L'été, je suis la reine du nu-pied à brides fines. Qu'est ce qu'ils ont mes pieds? Pointure 38, fins, avec une méga jolie voûte bien arrondie, avec le dessus bombé descendant en pente douce sur mes jolis doigts fins et bien droits, et des ongles que je n'ai même pas besoin de vernir tant ils sont joliment rosés et nacrés.

L'entorse pousuit inexorablement son chemin. Le petit oeuf de pigeon ovale et allongé, qui était né juste en avant de la malléole s'est étendu. L'enflure a commencée par envahir la malléole avant d'enrober le côté extérieur du talon puis de submerger le côtéjusqu'au ras du petit orteil. Et puis pour finir, elle s'est attaquée au dessus du pied en exacerbant le bombé pour mourir telle une vague à une petite encablure de la naissance de mes doigts.

Enfin l'interne. Il n'a pas l'air du tout sensible à mon pied. Il me le manipule, me le malaxe, me le tord en tout sens, jusqu'à me faire pleurer. Sapajou, moule à gaufre! ( J'ai oublié de vous dire que je suis également tintinophile!).

"Entorse du ligament latéral externe de la cheville droite sans lésions osseuses radio visibles" qu'il dit l'interne. "En gros c'est bénin!" ajoute t'il. Bénin, bénin, il en a de drôles, surtout quand il me donne 21 jours d'arrêt de travail, et me prescrit attelle et cannes anglaises avec une interdiction d'appui pour deux semaines.

Et revoilà mon sauveur qui me ramène ma Carte Vitale ( j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux, vu que je l'a attendue trois mois!) mais aussi une splendide paires de cannes anglaises fuschia ( il a du goût le monsieur) et une attelle Aircast qui vaut la peau des fesses ( 70 euros dont 15 remboursés).

Mettre l'attelle quand on a le pied en marmelade, c'est pas du gateau. Mais mon gentil monsieur est autrement doux que l'interne. Les gestes sont précis, calculés, et surtout insensibles. Maintenue, ma cheville consent à se faire oublier.

Me reste plus qu'à enfourcher les béquilles. Le souvenir de mes copines éssouflées au bout de dix mètres, les bras tétanisés, me fait redouter le pire. Et puis non! Mon sauveur a encore un tour dans son sac. Il règle les béquilles au quart de millipoil et m'abreuve de conseils entre Baujon et le carrefour de la rue d'Alésia. Et le miracle se produit : je ne béquille pas! Non! Je survole le sol, légère, souple. Les mains, les bras, les abdos...la cheville : même pas mal! Et pourtant je viens de faire 500 mètres, certes à petite vitesse, mais sans m'arrêter. Pour un peu, je bifurquerais vers Montparnasse au lieu d'aller vers Brune.

Et c'est là, que mon sauveur m'abandonne, au pied de mon immeuble. Et comme une conne,je lui demande même pas son nom et son téléphone. Et oui, j'ai des principes. Et quand quelqu'un me rend service en perdant trois heures de sa vie, je veux marquer le coup. Trop tard! Il est déjà loin.

Posté par iris75 à 20:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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